Parmi les trésors culturels du Cameroun, la langue bassa occupe une place de choix. Parlée par des centaines de milliers de personnes dans les régions du Centre, du Littoral et du Sud, elle est bien plus qu’un outil de communication : c’est un vecteur d’identité, de mémoire et de transmission. Dans le village de Hikoadjom, situé au cœur du Nyong-et-Kéllé, la langue bassa continue de vivre au quotidien, reliant les habitants à leurs ancêtres et forgeant une identité collective forte.


Une langue ancienne et riche en symboles

La langue bassa, parfois appelée Mbene, est classée parmi les langues bantoues. Comme beaucoup de langues africaines, elle s’est transmise essentiellement par voie orale, à travers les contes, les proverbes, les chants et les rituels. Cette oralité a façonné une culture où chaque mot porte un poids symbolique, et où le langage ne se limite pas à décrire la réalité mais à lui donner du sens.

Les proverbes bassa sont particulièrement réputés pour leur sagesse. Par exemple :

  • “Nkomba mben’a jôlô, ndolo e nyi” (L’amour est un arbre immense, il protège tous ceux qui s’y abritent).
  • “Mbômbog e so’o, abô e ndap” (Un seul doigt ne ramasse pas les arachides).

Ces proverbes, transmis de génération en génération, rappellent l’importance de la solidarité, de l’unité et du respect de la nature.


Hikoadjom : un village où la langue se vit au quotidien

À Hikoadjom, la langue bassa est bien plus qu’un héritage linguistique. Elle est la langue de la vie de tous les jours :

  • Les anciens l’utilisent pour enseigner la sagesse aux plus jeunes.
  • Les familles la parlent dans les foyers, autour du feu ou lors des repas collectifs.
  • Les chants traditionnels en bassa rythment les fêtes, les mariages et les cérémonies.

Dans ce village, la langue reste vivante parce qu’elle est ancrée dans les pratiques quotidiennes. Elle est utilisée pour transmettre les savoirs agricoles, pour marquer les moments importants de la vie et pour célébrer la mémoire des ancêtres.


Le rôle des anciens dans la transmission

La survie d’une langue repose toujours sur ceux qui la transmettent. À Hikoadjom, les anciens jouent un rôle central : ils racontent des histoires en bassa, récitent des proverbes et initient les enfants aux subtilités de la langue. Ce rôle de passeurs culturels est essentiel pour préserver une identité dans un monde où la modernité pousse souvent les jeunes à privilégier le français ou l’anglais.

Les anciens rappellent que la langue est une racine : « Celui qui oublie sa langue maternelle oublie une partie de son âme. »


La jeunesse et les défis modernes

La jeunesse de Hikoadjom vit dans un environnement marqué par la modernité et l’ouverture. Le français, langue officielle du Cameroun, est largement utilisé à l’école et dans l’administration. Pourtant, les jeunes continuent d’apprendre et de parler le bassa à la maison et dans le village.

Certains jeunes se réapproprient même la langue à travers la musique moderne, en intégrant des expressions bassa dans le rap, le slam ou les chansons afro-pop. Cela montre que la langue n’est pas figée, mais qu’elle peut évoluer et trouver une place dans de nouveaux contextes.


La langue bassa comme lien identitaire

À Hikoadjom, parler bassa est un acte identitaire. C’est affirmer son appartenance à une communauté, montrer son respect envers les ancêtres et partager une culture commune. Dans les cérémonies de regroupement, les discussions de famille ou les célébrations traditionnelles, le bassa reste le ciment de la communauté.

De plus, la langue est un moyen de préserver la mémoire collective. Les contes racontés en bassa rappellent les mythes fondateurs, les valeurs de solidarité et l’importance de la nature. Elle est donc bien plus qu’un simple moyen de communication : elle est une mémoire vivante.


Préserver et valoriser la langue bassa

L’un des grands défis aujourd’hui est la préservation de la langue face à la mondialisation. À Hikoadjom, cette préservation passe par :

  • L’enseignement aux enfants dès leur plus jeune âge.
  • La valorisation des proverbes et des chants dans les fêtes locales.
  • L’intégration de la langue dans les initiatives culturelles et éducatives.

Des associations culturelles, parfois portées par la diaspora bassa, encouragent également cette préservation en éditant des dictionnaires, en collectant des contes et en promouvant la littérature en bassa.


Conclusion : Hikoadjom, un bastion de la langue bassa

La langue bassa est une richesse inestimable qui fait la fierté de Hikoadjom. Elle incarne l’âme du village, sa mémoire et son avenir. Malgré les pressions extérieures, elle continue de résonner dans les chants, les proverbes et les conversations quotidiennes.

En préservant sa langue, Hikoadjom préserve son identité et affirme son authenticité. Le village rappelle ainsi que les langues africaines ne sont pas des reliques du passé, mais des forces vivantes qui nourrissent la culture et enrichissent le patrimoine du Cameroun.


La langue bassa, telle qu’elle est vécue à Hikoadjom, n’est pas seulement un héritage : elle est une promesse d’avenir, un lien indestructible entre les générations et un trésor culturel que le village offre au monde.